Théo Moret, l'artiste qui redessine Dijon à la main

Portrait d'un cartographe dijonnais qui mêle patrimoine, imagination et exploration urbaine

Théo dessine Dijon autrement


Parfois, les cartes ne servent pas qu’à se repérer. Elles invitent à voir le monde autrement. C’est ce que propose Théo Moret, artiste-cartographe de 32 ans, qui nous offre une nouvelle façon d’explorer Dijon, à la croisée du patrimoine et du jeu.

Rien ne prédestinait Théo à faire carrière dans le dessin. Originaire de Saint-Vallier, en Saône-et-Loire, il a grandi un crayon à la main comme beaucoup d’enfants, mais a longtemps enchaîné les petits boulots, souvent très éloignés de son univers créatif. Pourtant, à 22 ans, un déclic survient : le dessin cesse d’être un simple loisir pour devenir une quête, une manière de répondre aux questions qui le hantent. “J’ai toujours eu cette pulsion de découvrir ce que je ne savais pas. Le dessin m’a toujours servi à explorer.”
 C’est à Dijon que Théo commence à entrevoir la possibilité de transformer cette passion en métier. Il redouble d’efforts, persiste, et construit au fil des années un univers qui lui est propre. Il lui faudra six ans pour pouvoir enfin vivre de son art.

Ce qui distingue le travail de Théo, c’est sa capacité à faire dialoguer la précision historique avec une imagination débordante. Inspiré autant par les villes qu’il arpente que par les mythologies qui les habitent, il dessine des cartes qui ne sont pas seulement géographiques mais narratives. Parmi ses influences majeures, il cite Francesca Baerald, une artiste dont il admire l’univers et avec laquelle il a eu la chance d’échanger. “Elle m’a donné des conseils précieux, et surtout, elle m’a montré qu’on pouvait construire une œuvre fidèle à son propre monde intérieur.”

Son dernier projet, « C’est vous l’guide Dijon ». Une œuvre atypique, née de la rencontre avec Clément, un ami historien qui rêvait depuis longtemps d’un livre à la manière des “livres dont vous êtes le héros”. Ensemble, ils imaginent un livre-guide qui, au fil des pages, invite le lecteur à se perdre volontairement dans les ruelles dijonnaises, à découvrir les monuments comme autant d’étapes d’un voyage intérieur.

Installé à Dijon depuis ses années étudiantes, Théo entretient un lien fort avec la ville, il ancre son travail dans le territoire, tout en lui donnant une dimension onirique. Il aime faire surgir, derrière les façades familières, des univers inattendus. Son regard est à la fois tendre et curieux, toujours à la recherche du détail que l’on n’avait pas vu.

Si « C’est vous l’guide Dijon » trouve son public, Théo ne compte pas s’arrêter là. Il envisage déjà de nouveaux territoires à cartographier : Beaune, bien sûr, mais aussi, plus audacieux encore… New York. “Ce serait un défi énorme. Mais j’aimerais un jour proposer une lecture sensible de cette ville-monde.”

En attendant, il espère que son livre donnera envie aux Dijonnais et aux autres, de porter un regard neuf sur ce qui les entoure. “Ce que je veux transmettre, c’est une forme de curiosité. Le goût de l’exploration, même dans les lieux que l’on croit connaître.”

En redessinant Dijon à la main, Théo Moret fait bien plus que guider le promeneur : il l’invite à ralentir, à observer, à rêver. À l’heure où tout va vite, où les GPS nous dictent chaque virage, ses cartes, elles, nous rendent à nouveau un peu perdus. Et c’est peut-être dans cet égarement que commence la vraie découverte.